Pyrèthre

Le pyrèthre

“La marguerite qui rue comme un mulet”

Ce drôle de nom est celui d’une ravissante petite marguerite, inoffensive pour l’homme et l’animal domestique, mais mortelle pour la vermine. Qu’on la place dans une maison ou avec les réserves d’aliments, cette fleur, modeste représentant de la famille des chrysanthèmes, a raison de presque toutes les vermines. Le moustique le plus vigoureux ou le cafard le plus résistant ne sont pas de force avec cette “marguerite qui rue comme un mulet”, ou pyrèthre. Avec ses minces pétales blancs et son cœur en forme de bouton jaune d’or, cette fleur mérite de figurer dans un vase sur votre table, mais elle peut vous être d’une toute autre utilité.
En effet, la poudre de pyrèthre a démontré depuis des milliers d’années ses vertus insecticides. C’est à cela qu’elle servait couramment jadis en Chine, dans plusieurs pays d’Europe, au Japon et en bien d’autres endroits. Malgré ses propriétés remarquables qui résolvent quantité de problèmes liés aux pesticides chimiques, le pyrèthre demeure largement méconnu dans le monde moderne, en partie à cause des fluctuations de sa production (sa culture et sa cueillette exigent une main-d’œuvre importante), en partie pour d’autres raisons. Toutefois, en passe de devenir un produit de plus en plus courant, le pyrèthre a devant lui un avenir brillant.
À présent que les chercheurs arrivent à présenter le pyrèthre sous forme de poudre, de serpentins, en vaporisateur et en bombe aérosol, les agriculteurs commencent à se rendre compte que sa culture peut très bien être rentable sur le plan financier. D’autre part, sensible à “l’équilibre de la nature” qui se dégrade en maints endroits, le public préfère de plus en plus le pyrèthre aux pesticides chimiques. Cette marguerite si spéciale remplit en effet fort bien son rôle d’insecticide, et, grâce à elle, des problèmes liés au modernisme trouvent une solution. Peut-être vaudrait-il la peine de faire mieux connaissance avec cette étonnante petite fleur.
Bien que notre “marguerite qui rue comme un mulet” pousse en Équateur, au Japon, en Tanzanie, au Rwanda et en d’autres pays, où il en existe des variétés rosées et violacées, le principal producteur du pyrèthre est de loin le Kenya. La majeure partie de la récolte provient des Hautes Terres Kisii, au sud-ouest du pays. Là, à côté des plantations de thé, de maïs et de haricots, des champs entiers de cette fleur sympathique s’étendent sous les yeux. Les meilleurs rendements s’obtiennent entre 1 800 et 2 000 mètres d’altitude, là où la température assez basse la nuit est idéale pour l’éclosion des boutons de fleurs. La situation géographique du Kenya (la ligne de l’équateur traverse le pays) garantit, d’une part un maximum d’ensoleillement qui aide les boutons de fleurs à s’épanouir rapidement, d’autre part une chaleur suffisante pour dessécher en un minimum de temps les fleurs une fois cueillies. Les précipitations sont suffisantes pour rafraîchir les Hautes Terres, l’idéal étant de 1 000 à 1 150 mm de pluie par an.
La production du pyrèthre
Au Kenya, plus de 90 pour cent de la production actuelle de pyrèthre provient de quelque 100 000 petites exploitations agricoles qui se sont groupées en 200 sociétés coopératives. Après le café et le thé, le pyrèthre arrive en troisième position dans les exportations du pays. L’Office national du pyrèthre a son siège à Nakuru, au centre du pays, à deux pas d’une célèbre réserve d’oiseaux. Cet office, qui se trouve sur les lieux mêmes où l’on traite industriellement le pyrèthre, offre une assistance technique et de nombreuses suggestions.
Une fois que l’Office du pyrèthre lui a fourni les semis, un dur travail commence pour le cultivateur. Il s’agit de pratiquer un assolement judicieux, de veiller sur les parterres dans les pépinières, de désherber avec soin, de tailler les tiges, etc. Bien que la culture du pyrèthre exige beaucoup d’efforts, elle contribue à améliorer le niveau de vie du paysan. Grâce à la richesse du sol des plateaux, la croissance des plantes est rapide: un mois après les semailles, c’est déjà le temps de la récolte.
La cueillette des fleurs
Au moment de la cueillette, toute la famille sort dans les champs. Dès l’âge de cinq ans, une fillette emmène son petit panier de corde. Elle a appris, comme ses frères et sœurs, à ne cueillir que les capitules des fleurs épanouies. De ses doigts agiles elle les arrache par une brusque torsion. Un adulte cueille de 30 à 45 kilos de capitules de fleurs par jour, travail éreintant quand on considère que ces marguerites ne dépassent pas 60 cm de hauteur. Par contre, pour les enfants, c’est un jeu, une diversion amusante qui les change de l’école qu’ils fréquentent presque toute l’année.
La récolte se poursuit pendant neuf mois. Environ tous les quinze jours, on cueille les fleurs épanouies, celles qui contiennent le plus de pyrèthrine. On étend ensuite les capitules sur le sol pour les faire sécher au soleil. Finalement, lorsqu’ils ont perdu les trois quarts de leur poids, on les emmène à Nakuru, où commence le traitement industriel.
Le traitement industriel
Dans une usine moderne, l’atelier de traitement est équipé des appareils les plus perfectionnés. Les fleurs séchées sont acheminées par une soufflerie depuis l’aire de déchargement jusqu’aux presses. L’huile essentielle extraite des fleurs est stockée dans de gros bidons ornés d’une marguerite blanche qui portent l’étiquette “Extrait de pyrèthre du Kenya”. Cet extrait part pour les États-Unis, l’Allemagne, le Japon, etc., où il est converti en insecticide pour vaporisateurs. Le résidu poudreux, le “marc”, est exporté essentiellement en Extrême-Orient où il sert à fabriquer des serpentins insecticides qui se consument lentement en dégageant une fumée mortelle pour les insectes. Avec 13 pour cent de son poids en protéines, soit presque autant que le son du froment, le marc constitue également un excellent aliment pour les animaux.
Les utilisations du pyrèthre
Du fait de son innocuité chez l’homme et chez l’animal domestique, ainsi que de ses vertus insecticides chez la vermine, le pyrèthre connaît une large utilisation. Contrairement à ce qui s’est passé avec les pesticides chimiques si répandus aujourd’hui, le pyrèthre n’entraîne aucune accoutumance chez l’insecte. D’autre part, cet insecticide “naturel” peut être mêlé à l’eau potable ou utilisé pour protéger les aliments. Il ne présente aucun des inconvénients des insecticides de synthèse. Comme le pyrèthre est instable à la lumière, cela veut dire que son activité ne se prolonge pas assez longtemps pour rompre “l’équilibre de la nature”. Ainsi, devant les problèmes liés à la pollution, le pyrèthre offre une arme efficace qui trouve sa place dans un foyer, où il apporte l’hygiène sans détruire l’équilibre écologique en même temps que la vermine.
L’avenir montrera si notre sympathique marguerite connaîtra grâce à ses vertus insolites une plus large diffusion dans les foyers. Outre les préparations insecticides traditionnelles, on peut en faire des lotions pour éloigner les moustiques, et le pyrèthre sert également à protéger les aliments. Décidément, cette petite fleur à l’air inoffensif a bien gagné son surnom de “marguerite qui rue comme un mulet”.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×