Alcoolisme

Comment devient-on alcoolique? (1978)

Pourquoi devient-on esclave de l’alcool? Existe-t-il des signes précurseurs qui indiquent qu’une personne encourt le risque de devenir alcoolique?
Évidemment, la cause première de l’alcoolisme est l’alcool lui-même, car si les gens n’en buvaient pas, ils n’en deviendraient pas esclaves.
Mais nous vivons une époque où chacun peut se procurer des boissons alcooliques et l’on ne peut rien changer à cet état de fait. D’autant plus qu’en général, le public tient à garder sa liberté dans ce domaine. Or, et ceci est vrai pour beaucoup de sociétés, l’alcoolisme ne disparaîtra pas en interdisant les boissons fortes, comme on a pu s’en rendre compte durant la prohibition, aux États-Unis.
En matière de boisson, la principale qualité est de savoir se dominer. Malheureusement, la plupart des gens qui ont un penchant pour la bouteille n’ont jamais pensé qu’ils pouvaient en perdre la maîtrise. C’est pourquoi une forte proportion d’alcooliques ne pensent pas l’être, ou bien ne veulent pas l’admettre.
Les signes précurseurs
Tout le monde convient qu’un ivrogne invétéré est bel et bien alcoolique. Mais dans les autres cas, particulièrement au premier stade de l’alcoolisme, c’est peut-être moins évident même pour l’intéressé.
Pourtant, certains signes avertisseurs révèlent sans équivoque si l’on a tendance à l’alcoolisme ou même si on en est déjà victime. Nous pouvons, par exemple, nous poser un certain nombre de questions et déterminer ensuite rapidement si nous-mêmes (ou quelqu’un de notre connaissance) avons tendance à être alcooliques ou si nous le sommes déjà.


Les membres d’organisations telles que “Alcooliques anonymes”, proposent l’expérience suivante. Si quelqu’un répond “Oui” à seulement trois des questions du test reproduit ci-après, il est déjà certain qu’il s’adonne à la boisson.
1. Buvez-vous plus que par le passé? Prenez-vous des boissons plus fortes?
2. Buvez-vous de l’alcool plusieurs fois par jour, ou plusieurs fois par semaine?
3. La boisson porte-t-elle atteinte à votre réputation?
4. Êtes-vous irrité quand on vous met en garde contre la boisson?
5. La boisson vous sert-elle à échapper à des soucis ou à des ennuis?
 6. Vous arrive-t-il de vider votre verre d’un trait, de faire “cul sec”?
7. Éprouvez-vous par moment le besoin de prendre une boisson alcoolique?
8. Buvez-vous souvent seul?
9. Avez-vous des problèmes avec votre famille à cause de vos habitudes de boisson?
10. Continuez-vous de boire parce que vous pensez pouvoir vous arrêter quand vous voulez, tout en ne vous arrêtant pas?
11. Si vous avez essayé d’arrêter de boire pendant un temps, mettons un mois, avez-vous échoué?
12. Négligez-vous votre apparence extérieure? Par exemple, grossissez-vous à cause de l’alcool sans que cela vous incite à arrêter?
13. La boisson vous amène-t-elle à négliger votre santé, votre travail ou votre famille? Maîtrisez-vous moins vos dépenses?
14. Recherchez-vous ou prévoyez-vous certaines occasions (telles qu’une réunion en société) comme prétexte pour boire?
15. Avez-vous une bouteille cachée quelque part pour boire quand votre entourage n’a pas l’œil sur vous?
Quelques réponses affirmatives révèlent déjà certains troubles, mais si elles sont nombreuses, c’est la preuve que vous êtes victime de l’alcoolisme.
Mais qu’est-ce qui peut amener quelqu’un à devenir alcoolique? Quels facteurs entrent en jeu?


De nombreux facteurs
On ne saurait dire avec certitude que tel état ou tel tempérament incite à l’alcoolisme. Comme le corps humain, l’esprit et les émotions sont très complexes et, dans les domaines physique, mental et affectif, la différence est grande d’une personne à une autre.
Il n’est pas jusqu’à la taille du corps qui ne joue un rôle, car les tissus d’un homme corpulent contiennent plus d’eau et diluent donc plus l’alcool que les autres, si bien que, toutes proportions gardées, une même dose d’alcool produira plus d’effet chez une personne de petite taille que chez une grande.
Même quand des facteurs comme la taille, les antécédents, le passé individuel, les difficultés à affronter et les habitudes en matière de boisson paraissent identiques, telle personne qui s’adonne à la boisson deviendra alcoolique et telle autre pas, bien que les circonstances soient semblables. On ne peut donc dire que tel ou tel problème, tel état affectif, tel type d’enfance ou bien tel contexte culturel conduisent immanquablement à l’alcoolisme.


Toutefois, devant un taux d’alcoolisme élevé, on peut incriminer certains facteurs. Quand, par exemple, une société recourt largement à l’alcool, encourage son usage et lui fait de la publicité, quand il y a toujours de l’alcool aux grands événements et aux grands repas, plus de gens sont incités à boire. Si l’intempérance et l’ivrognerie apparaissent non seulement comme des choses courantes, mais même comiques, l’opprobre général qui stigmatise l’alcoolisme perd de sa force.
C’est ce qui explique, particulièrement lors des réunions mondaines, que l’on fasse sentir sa maladresse, voire que sa tenue est déplacée, à un invité qui ne boit pas d’alcool. De sorte que celui qui ne veut pas boire d’alcool parce qu’il ne le supporte pas doit constamment subir une pression qui l’incite à faire comme tout le monde.
Les facteurs économiques peuvent jouer un rôle, eux aussi. On sait que les classes défavorisées sont très touchées par l’alcoolisme, particulièrement dans les grandes villes des sociétés industrielles. Comme la pauvreté engendre parfois un sentiment de désespoir, l’alcool, de par ses propriétés sédatives, masque temporairement les caractères pénibles de la réalité.


D’autre part, à la suite de la prospérité économique que connaissent certains pays, l’alcoolisme a fait son apparition dans les classes moyennes et aisées. En outre, on peut être incité à boire à cause de son emploi ou à cause des pressions sociales. À la suite d’une enquête effectuée auprès de 8 000 cadres américains, il est apparu que 27 pour cent d’entre eux étaient de gros buveurs qui absorbaient quotidiennement une moyenne de 170 grammes d’alcool ou plus, et cela sept jours sur sept. Au Japon, les problèmes de boisson touchent 60 pour cent des personnes qui occupent un poste de responsabilité. Et, dans les pays riches, de plus en plus de femmes au foyer deviennent alcooliques.
Il n’est pas rare qu’un conjoint (voire les deux) aille noyer son chagrin dans l’alcool à cause d’un problème conjugal ou familial. De même, on peut boire à l’excès par sentiment de solitude ou après une contrariété, par appréhension, par manque de confiance en soi ou encore à la suite d’un drame, tel que la perte d’un être cher.


Mais quand on se réfugie dans la boisson pour résoudre ses problèmes, calmer ses angoisses ou surmonter sa tristesse, on s’aperçoit régulièrement qu’au bout du compte les problèmes, l’angoisse et la tristesse sont pires qu’auparavant. Telles sont les conséquences implacables de l’alcoolisme.
Les jeunes et l’alcool
Dans une lettre adressée au New York Times, un groupe de médecins déclaraient: “L’un des plus graves problèmes de notre temps est l’augmentation alarmante de la consommation d’alcool chez les jeunes, particulièrement quand on voit combien se multiplient les excès de boisson et de quelle façon l’alcoolisme et la drogue sous toutes ses formes se répandent.”
Aux États-Unis, le principal problème de santé publique est l’alcoolisme chez les jeunes. Il se classe bien avant d’autres fléaux, telle l’héroïnomanie, ce qui amena un fonctionnaire d’État à dire que ce “problème fait des ravages (...) et a atteint des proportions épidémiques”.
D’après une enquête, un tiers des élèves des classes secondaires américaines s’adonnent à la boisson, et il y a même des alcooliques dans les classes primaires.
Selon des chercheurs de l’université de Kiel (RFA), “l’alcoolisme attend” un sixième des jeunes gens âgés de 10 à 18 ans. Dans d’autres pays où l’on assiste à une recrudescence de l’alcoolisme, de plus en plus de jeunes sont touchés par ce fléau.


Voici, selon le Sunday Globe de Boston, une conséquence immédiate de ce phénomène: “Depuis qu’on a abaissé la limite d’âge de l’interdiction des boissons alcooliques, les accidents de la route survenus chez les moins de vingt ans ont triplé.”
Pourquoi de plus en plus de jeunes boivent-ils? Entre autres raisons il faut invoquer “la pression de l’entourage” exercée par leurs amis. “Tous mes amis boivent”, déclara un jeune homme, dans une réponse typique que complète celle-ci: “Je voulais avoir l’air ‘dans le vent’, alors je me suis mis à boire.”
Beaucoup de jeunes boivent pour les mêmes raisons que les adultes, comme l’indique cette déclaration: “Quand je bois, je me sens bien et je m’amuse.” On peut faire intervenir également d’autres facteurs, tels que la lassitude de la vie, les problèmes rencontrés à l’école ou au foyer, ou encore l’angoisse des jeunes face à l’avenir incertain que leur réserve ce monde impitoyable.


Toutefois, la raison la plus courante qu’invoquent les jeunes pour se justifier est l’influence des parents et du milieu adulte en général. Dans le livre L’alcoolisme chez les moins de vingt ans (angl.), on lit ceci: “Même si l’alcoolisme s’explique en partie par l’influence de l’entourage, le rôle le plus important reste celui des parents.” Comme cela a été démontré en Allemagne, si le père boit beaucoup, les enfants sont plus enclins à l’imiter.

Pourtant, nombreux sont les parents qui n’abusent pas de l’alcool et qui veillent à ce que leurs enfants n’en boivent pas avant d’avoir atteint un âge raisonnable. Diverses études comparatives entre ces familles et celles où les parents boivent ont montré que dans les premières deux fois moins de jeunes se tournent vers l’alcool.
Dans une société où les adultes ont coutume de boire, les jeunes veulent généralement les imiter. Ainsi, un jeune téléspectateur amateur de westerns déclara: “Dans les films, les hommes boivent du whisky. Je me suis mis au whisky pour être fort comme eux.”


Qui sème le vent récolte la tempête. Lorsqu’une société tolère les abus de boisson et quand des millions d’adultes sont alcooliques, il est fatal que de plus en plus de jeunes le deviennent à leur tour.

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